Editorial du 24/03/2012 : Assistance Médicale à la Procréation et Don de Spermatozoïdes

Don de spermatozoïdesL'Assistance Médicale à la Procréation (AMP) avec tiers donneur concerne le don de gamètes (ovocytes et spermatozoïdes) et l'accueil d'embryons. Historiquement, le don de spermatozoïdes fut la première technique d’AMP avec tiers donneur. L’insémination avec don de spermatozoïdes (IAD) est née, aux Etats-Unis, à la fin du XIXème siècle. En 1953, la possibilité de pouvoir congeler des spermatozoïdes et d’obtenir une grossesse en utilisant des spermatozoïdes congelés  permet la création de banques de spermatozoïdes congelés. En 1973, Georges David, biologiste de la reproduction français, parvient enfin à faire sortir le don de spermatozoïdes de la clandestinité. Le premier Centre d'Etude et de Conservation des Œufs et du Sperme Humains (CECOS) est ainsi créé. Puis, des structures CECOS identiques se développent sur l'ensemble du territoire national, aboutissant à la naissance de la Fédération Française des CECOS en 1984. Dès la création des CECOS, un double principe est exigé pour le donneur, le premier étant de faire partie d’un couple, le deuxième d’être père, le don de sperme devenant le don d’un couple fertile à un couple infertile.

Les règles déontologiques et conventionnelles régissant le fonctionnement des CECOS ont été retenues dans ce qui deviendra la loi du 29 Juillet 2004 «Relative au don et à l’utilisation des éléments et produits du corps humain, à l’assistance médicale à la procréation et au diagnostic prénatal», révisée une première fois le 6 Août 2004 prenant alors l’intitulé de loi relative à la bioéthique, puis une seconde fois le 7 Juillet 2011. Le don de spermatozoïdes est intégré dans un ensemble plus large de procédures d’AMP dites avec tiers donneur.

Parmi les 21 759 enfants nés d’une AMP en France en 2009, 5,1% sont issus d’un don de spermatozoïdes, 0,9% d’un don d’ovocytes et 0,1% d’un accueil d’embryons. De plus, tenant compte des données collectées au sein de la Fédération Française des CECOS de 1973 à 2006, 44 045 enfants sont nés après un don de spermatozoïdes. Entre 1973 et 2006, 16 971 donneurs de spermatozoïdes se sont présentés dans les CECOS et 10 347 donneurs ont effectué complètement leur démarche de don en vue de l’utilisation de leurs paillettes de spermatozoïdes congelés.

La principale indication de recours au don de spermatozoïdes (75% des demandes) est représentée par les couples infertiles dont l’homme présente une azoospermie (absence totale de spermatozoïdes dans le sperme éjaculé) le plus souvent non obstructive et la deuxième indication (15% des demandes) correspond aux hommes infertiles présentant une oligozoospermie (baisse du nombre de spermatozoïdes dans le sperme éjaculé) avec moins de 5 millions de spermatozoïdes par millilitre dans l’éjaculat. Pour les hommes qui présentent une azoospermie, la demande est effectuée le plus souvent après la réalisation d’un prélèvement chirurgical testiculaire (TESE) ou épididymaire (MESA) qui soit s’est révélé négatif d’emblée, soit malgré sa positivité n’a pas permis après utilisation des spermatozoïdes en ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïdes) d’obtenir une naissance. Pour les hommes qui présentent une oligozoospermie, la demande intervient le plus souvent après plusieurs échecs d’AMP intraconjugales.

L'AMP avec tiers donneur respecte pour le donneur de spermatozoïdes trois grands principes, qui sont "le volontariat, la gratuité et l'anonymat". (http://www.dondespermatozoides.fr - Agence de la Biomédecine). De nombreuses interrogations sont encore présentes autour de la conception d’enfants par don de spermatozoïdes. Celle de la légitimité du maintien de l’anonymat dans le don de spermatozoïdes reste encore largement débattue depuis la création et la légalisation des CECOS en 1973, mais l’a été tout particulièrement pendant les Etats Généraux et l’ensemble des débats qui ont précédé la révision de la loi de bioéthique en Juillet 2011. Cependant, une confusion est souvent faite entre secret, non connaissance par l’enfant de son mode de conception, et anonymat, non connaissance de l’identité du donneur à l’origine de la conception de l’enfant, dans l’AMP avec don de spermatozoïdes. Il semble actuellement difficile de faire une réponse unique qui contenterait à la fois le donneur, les parents et l’enfant.

Nathalie Rives1,3, Louis Sibert2,3, Anne Perdrix1,3, Sylvianne Hennebicq4, Jean-Claude Juillard5 et la Fédération Française des CECOS

  1. Laboratoire de Biologie de la Reproduction – CECOS,
  2. Service d’Urologie,
  3. EA 4308 « Gamètogenèse et Qualité du Gamète », IRIB
    CHU-Hôpitaux de Rouen - CHU Charles Nicolle ; Université de Rouen, 76031 Rouen
  4. CECOS de Grenoble hôpital couple-enfant, CHU Grenoble, BP 217, 38043 Grenoble Cedex 9
  5. Service de Biologie de la Reproduction CECOS, Groupe Hospitalier Cochin, AP-HP, 75014 Paris
Dernière mise à jour : 24/03/2012 22:49 Rédacteur : Urofrance
Réalisation : Axoïde
Valide HTML 5  Valide CSS  Optimisé pour Firefox  Construit avec Typo3