Éditorial du 03/06/2014 : Cancer du pénis : quelle actualité en 2014 ?

Pr Jérôme RIGAUDLe cancer du pénis est une pathologie rare avec, en France, une incidence estimée à 1 pour 100 000 hommes. Des données épidémiologiques anglaises récentes ont mis en évidence une augmentation de 21% de l’incidence sur les 40 dernières années [1].

Le facteur de risque principal est le manque d’hygiène local aggravé par la présence d’un phimosis. Un rôle préventif de la circoncision dans la période périnatale ou avant la puberté est souvent discutée, en particulier par les américains, mais elle n’a pas d’impact lorsqu'elle est réalisée à l'âge adulte. L’infection à HPV (16 et 18) est également un facteur de risque présent dans 40 à 50% des cas. Cependant il n’y a pas de recommandation actuelle pour une vaccination à HPV chez l'homme, tant que les résultats de la vaccination chez la femme ne sont pas connus pour la prévention du cancer du col de l’utérus. La prévention du cancer du pénis passe avant tout par une bonne hygiène locale, qui ne doit pas être un geste chirurgical (circoncision) et par une protection contre les maladies sexuellement transmissibles avec les préservatifs afin de limiter le risque d’infection à HPV. Celle-ci  ne semble pas liée à la réalisation ou non d’une circoncision.

Cette même étude anglaise a montré une réduction de 20% de la mortalité de ce cancer parallèlement à l’augmentation de son incidence. Il parait donc exister une amélioration de la prise en charge et de l’efficacité des traitements pour cette pathologie. Ces traitements doivent être au maximum conservateurs. Les données françaises du PMSI permettent d’établir un taux de pénectomie stable entre 2010 et 2012 avec 320 procédures par an. Cependant le pronostic de ces tumeurs du pénis est essentiellement lié à l’atteinte ganglionnaire. Des recommandations de prise en charge sont clairement définies et elles doivent être suivies pour permettre cette amélioration de la survie [2]. Un protocole du CCAFU/GETUG va bientôt s’ouvrir avec l’objectif d’évaluer la chimiothérapie péri-opératoire (TIP) chez les patients ayant une atteinte métastatique ganglionnaire.

Le problème du cancer du pénis est qu’il s’agit d’une tumeur rare à laquelle l’urologue ou l’oncologue sont peu confrontés, ce qui peut entraîner une prise en charge insuffisante ou non adaptée et donc impacter les résultats oncologiques. Il est donc important pour ce type de tumeur de développer des centres experts ou de références comme il en existe aux Pays-Bas.

Jérôme Rigaud, Groupe OGE, CCAFU

  1. Arya M. et al. Long-term trends in incidence, survival and mortality of primary penile cancer in England, Cancer Causes & Control, December 2013, 24 (12), 2169-76
  2. Rigaud J. et al. Recommandations en Onco-Urologie 2010: Tumeurs malignes du pénis, Progrès en Urologie, Novembre 2013, 23 (Suppl. 2), 133-144
Rédacteur : Urofrance
Réalisation : Axoïde
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