Éditorial du 24/11/2014 : « Coopération interprofessionnelle », « Exercice en pratique avancée » des auxiliaires médicaux : Quel décryptage ?

Jean-Luc MoreauLes protocoles de coopération entre professionnels de santé (CIP), qui autorisent la délégation de taches ou le transfert de compétences, se mettent-t-ils à peine en place (cf arrêté du 23 oct. 2014), que déjà se dessine l’exercice en pratique avancée des infirmiers (IPA) et d’autres auxiliaires médicaux. Il ne s’agit plus d’une nouvelle répartition des fonctions au sein d’une équipe de soins afin d’optimiser la prise en charge du patient, et l’AFU a pu en être le précurseur avec la création du DIU d’Infirmière experte en Urologie et la concrétisation d’un premier protocole de CIP concernant la réalisation du bilan urodynamique par une infirmière formée et agréée en lieu et place d'un médecin. Il n’en reste pas moins vrai qu’il s’agit d’un dispositif complexe et toujours en attente de valorisation et de financement. Avec le projet de loi « Touraine » relatif à la santé, le champ d’application de l’exercice en pratique avancée est beaucoup plus large, attaché à des missions et il correspond en quelque sorte en un nouveau métier intermédiaire, qu’on peut rapprocher de celui de la « nurse practitioner » des pays anglo-saxons avec une formation universitaire type master et un cadre juridique spécifique.

Sauf qu’en France, on ne parle pas d’infirmières cliniciennes, attachées à une spécialité ou à un domaine d’expertise défini, comme c’est le cas aux Pays Bas, ainsi qu’en témoigne Corinne Tillier, infirmière clinicienne spécialisée en uro-oncologie au NHK d’Amsterdam. Sa fonction est soumise à évaluation quinquennale par l’Ordre national des infirmiers de Hollande ; son statut stipule en outre que l’infirmière clinicienne spécialisée est responsable de ses actes, qu’elle peut à ce titre être poursuivie en cas de faute et que le médecin est le responsable du patient et du plan de soin. L’article L. 4301-1. Chapitre II (Innover pour préparer les métiers de demain) du projet de loi Touraine mentionne que : « L’exercice en pratique avancée est défini par des missions de santé qui peuvent comporter la formulation d'un diagnostic, la réalisation d’une analyse clinique, l’établissement de prescription, ou l’accomplissement d’activité d’orientation ou de prévention. Ces missions sont réalisées dans le cadre d’une prise en charge pluridisciplinaire du patient ».

Est-ce au législateur seul de décider du transfert d’actes médicaux, en particulier de la prescription d’examens ou de traitements, si elle n’est pas encadrée, protocolisée, et assujettie au contrôle et à la validation du médecin ? Une concertation préalable entre tous les intervenants est nécessaire.
Ne s’agit-il que d’offrir de nouvelles opportunités de carrière aux infirmières et d’alourdir le millefeuille administratif de l’organisation des soins ? Et quelle est la place des infirmiers de coordination en cancérologie et des infirmiers de spécialité (IBODE, IADE, IPDE) dans ce dispositif ?
Quel sera le type de relation avec le médecin référent ou responsable du patient ? Il n’est pas défini. Ce sont quelques-unes des questions qui se posent.

Les missions d’éducation du patient, de prévention, d’organisation et de coordination des soins, telles qu’elles ont été assignées aux nurses anglaises ou hollandaises, ont permis de donner aux infirmières une valorisation et une reconnaissance professionnelles, et aux médecins de se recentrer sur leurs activités, mais toujours dans une dynamique d’équipe, de responsabilisation des différents acteurs, de stimulation technique et scientifique, de recherche clinique et d’optimisation des soins. Si on veut réellement s’inspirer de tels modèles, il est alors grand temps de tenir compte des avis largement exprimés des instances médicales représentatives pour mettre en place une formation universitaire sur l’inter-professionnalité, le management et la coordination des équipes de soins, pour définir les conditions d’accessibilité, la responsabilité et les champs de compétence et d’actes réalisables par l’infirmier en pratique avancée pour chaque discipline médicale. La Fédération des Spécialités médicales et les collèges nationaux professionnels, dont l’urologie, doivent se positionner rapidement.

Jean-Luc Moreau, pour Urofrance

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Dernière mise à jour : 12/11/2014 22:29 Rédacteur : Urofrance
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