Éditorial du 19/04/2014 : L’actualité en Urologie sur le « net » : information ou communication ?

Jean Luc MoreauChaque jour apporte son flux de nouvelles, de « scoops », d’actualités chaudes ou les plus récentes et il suffit d’en assurer la veille par alerte ou "newsletter", ou encore de fréquenter régulièrement les sites médicaux pour s’en rendre compte. Même si les internautes et la société actuelle sont plus critiques et méfiants vis-à-vis de la science et de la communication médicale, qu’elle soit journalistique ou scientifique, il n’en est pas moins vrai que cette multitude d’informations alimente l’appétence du grand public pour les avancées médicales et les progrès techniques et technologiques.

Pour une personne non avertie ou insuffisamment au fait de la thématique, il peut être difficile de discerner ce qui relève de l’information objective, validée par le recul nécessaire et la rigueur scientifique, ou de la communication médiatique, quand elle ne fait pas la part entre l’importance de la découverte scientifique et ses applications potentielles ; sans compter les enjeux financiers et économiques, qui peuvent intervenir.

Un « baromètre web et santé », publié il y a un an, a montré que le cancer génère le plus de requêtes par les internautes et qu’il représente une des pathologies les plus discutées sur les réseaux sociaux, forums et autres blogs. Si l’on regarde, par exemple, l’actualité du cancer de la prostate depuis début avril 2014, comment le public peut-il interpréter et « digérer » toutes les informations suivantes diffusées sur le net, le plus souvent sans analyse critique :

- « La circoncision : une baisse des risques du cancer de la prostate ». Selon une étude effectuée par un groupe de chercheurs de l’Université de Montréal et l’INRS sur 2141 Montréalais, les résultats ont démontré que les hommes circoncis présentaient un risque du cancer de la prostate plus faible avec un taux de 11% contrairement aux hommes non circoncis, et en particulier dans la population noire. Dans tous les cas, l'effet protecteur de la circoncision doit être corroboré par d'autres études.

- « Un quart des hommes abandonne le suivi du cancer de la prostate, jetant le doute sur la sécurité de la "surveillance active" » (Congrès EAU 2014). Sur 157 patients soumis à une surveillance active pendant 13 ans, cette étude suisse montre que 27% d’entre eux ne se sont pas présenté aux contrôles que nécessite ce type de stratégie. Les raisons n’en sont pas connues, probablement psychologiques, la surveillance active pouvant être vécue comme l’absence de menace immédiate ou au contraire comme une réelle inquiétude sur le risque d’un cancer plus grave ou des effets secondaires des traitements. Quoi qu’il en soit, ces données incitent à être prises en compte dans l’indication d’une surveillance active pour cancer de la prostate.

- « Cancer de la prostate: un nouvel espoir pour lutter contre les cancers avancés (Congrès EAU 2014) ». Après la publication récente de l’étude randomisée « Scandinavian Prostate Cancer group Study number 4 », qui montre un bénéfice en termes de survie en faveur de la prostatectomie versus la surveillance (watchful waiting) pour un suivi de 15 ans, la chirurgie tant décriée jusqu’alors est encore mise à l’honneur par l’équipe du Karolinska Institute de Stockholm. A partir de deux groupes de 699 patients aux profils similaires, elle donne des résultats à 14 ans avec deux fois plus de patients décédés dans le groupe traité par hormonothérapie seule que dans le groupe traité par prostatectomie + hormonothérapie. Ces résultats, même s’ils doivent être consolidés par des études plus vastes, sont l’annonce d’un changement radical dans la prise en charge du cancer avancé de la prostate.

- « Récidive de cancer de la prostate significativement plus faible chez les hommes de groupe sanguin O » (Congrès EAU 2014). Cette étude d'une équipe japonaise concerne 555 patients atteints de cancer localisé de la prostate et opérés par prostatectomie totale entre 2004 et 2010. Après un suivi pendant une durée moyenne de 52 mois, elle constate que les patients du groupe sanguin O ont un risque de récidive 35 % moins important que les patients de groupe A. Des facteurs géographiques et génétiques sont probablement en cause, mais restent à démontrer.

Cette sélection d’articles du mois pourrait encore être complétée par : « Cancer de la prostate : un robot français minimise les séquelles de la chirurgie », ce titre réducteur et accrocheur, qui échappe au contrôle des concepteurs de cette technique prometteuse et en évaluation de traitement focal du cancer de la prostate par ultrasons focalisés grâce à la fusion d’images IRM-échographie, traduit bien ce nouveau modèle de communication fondé sur des effets de mode et de « scoop », donnant ainsi aux media le pouvoir d’interférer entre science et société.

« Pour éviter qu’une attitude critique, légitime et souhaitable, ne se transforme en méfiance, la recherche scientifique et technique se doit d’être transparente et d’informer continuellement le public sur ses progrès, en quelque sorte en lui rendant des comptes. Il est important que le public ait la certitude que l’information qui lui parvient via différents média est validée. » Comité Consultatif National d'Éthique pour les Sciences de la Vie et de la Santé - AVIS n° 109.

C’est en tout cas ce à quoi l’Association Française d’Urologie s’astreint dans son rôle de société savante au travers de ses publications et de ses différents supports d’information et campagnes de communication.

Jean Luc Moreau, Rédacteur en chef d’Urofrance

Rédacteur : Urofrance
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