Éditorial du 13/09/2014 : La pertinence des actes : pourquoi s’y intéresser ?

Dans cette période de maîtrise des dépenses de santé et d’une nécessaire adaptation de la réponse aux besoins sanitaires de la population, la pertinence des actes représente un enjeu important pour les professionnels de santé, avec l’objectif d’homogénéiser leurs pratiques et d’optimiser la prise en charge de leurs patients. C’est par exemple, au quotidien, se poser les questions suivantes : « L’acte que je prescris, qu’il s’agisse d’un examen ou d’un traitement, est-il le plus adapté à l’état de santé du patient ? Une hospitalisation est-elle justifiée ? Le parcours de soins est-il coordonné ? Le patient est-il dans la structure qui répond au mieux à son état et à sa pathologie ? ».

La pertinence en santé peut, en fait, couvrir plusieurs champs :

  • les soins en général,
  • les interventions de santé, qui visent à préserver ou améliorer la santé d’une population donnée,
  • les stratégies médicales, c’est-à-dire la programmation des actes dans un ordre approprié,
  • les actes et prescriptions.

La définition la plus consensuelle est la suivante : « la bonne intervention de santé, au bon moment, au bon endroit, pour le bon patient ».

Il faut rappeler qu’une politique nationale et régionale d’analyse et d’évaluation de la pertinence des actes a été mise en place depuis plusieurs années. Elle s’appuie sur le constat de variations importantes entre les régions dans la prise en charge de certaines pathologies et du taux de recours aux soins hospitaliers (nombre d’actes rapportés au nombre d’habitants). Cette politique a conduit à cibler certaines activités fréquemment pratiquées, comme la coloscopie, la cholécystectomie, la césarienne…, à mettre en place des programmes d’accompagnement, des parcours génériques de prise en charge avec fiche technique (HAS), des procédures communes avec l’Assurance Maladie. Le but clairement affiché des différentes tutelles est de réduire les disparités d’accès aux soins, les soins non pertinents et le coût qu’ils engendrent.

Tous les professionnels de santé sont concernés par cette problématique de délivrer « le juste soin », ni trop (overuse), ni trop peu (underuse), ni mal (misuse). De longue date, l’Association Française d’Urologie agit dans le cadre de la pertinence des actes et prescriptions, dans la définition des stratégies de prise en charge et des parcours de soins. On peut citer les enquêtes de pratique auprès des urologues, les recommandations de bonne pratique dans les différentes thématiques de la spécialité urologique, ou encore les registres, qui par l’obtention de bases de données, permettent aux équipes urologiques d’évaluer, de comparer leurs résultats et à l’AFU, de proposer des pistes d’amélioration de la pertinence des actes et de la prise en charge en urologie.

PROSTAFU, par exemple, est un registre national, prochainement proposé aux urologues sur le traitement du cancer localisé de la prostate. Cette étude observationnelle prospective permettra de renseigner un socle commun d’indicateurs de pratiques cliniques sur la prise en charge chirurgicale d’un cancer localisé de la prostate, de la première consultation chez l’urologue jusqu’au suivi à 3 ans. Ce socle commun d’indicateurs répond à 3 objectifs principaux :

  1. Contribuer à la description des pratiques et des parcours réels, et renseigner l’évolution des pratiques diagnostiques et thérapeutiques initiales du cancer de la prostate.
  2. Inviter les équipes à comparer leurs résultats (démarche de benchmarking) et suivre l’évolution de leurs pratiques. Les échanges et comparaisons entre pairs améliorent la qualité des pratiques professionnelles et du service médical rendu.
  3. Permettre à l’AFU et aux autres disciplines impliquées de présenter la qualité et la sécurité de cette filière ainsi que les objectifs et les stratégies d’amélioration à développer au regard de la littérature.

Il est important que les urologues, en se mobilisant avec l’AFU, puissent se prévaloir de la pertinence de leurs actes, et d’abord auprès de leurs patients.

Patrick Coloby, Jean Luc Moreau et Xavier Rébillard

Rédacteur : Urofrance
Réalisation : Axoïde
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