Editorial du 22/05/2012 : Urologie et recherche clinique

Pr Chartier-Kastler EmmanuelLa recherche clinique en urologie est soumise aux mêmes aléas et insuffisances que pour toutes les spécialités médicales. Les contraintes administratives et réglementaires qui, en France, sont le pré-requis à une recherche clinique de qualité sont lourdes, mais elles permettent au final d’aboutir à des travaux à forte valeur ajoutée tout en ayant protégé le patient au maximum. Pour l’urologie, cette recherche s’enorgueillit d’une spécialité organisée et capable de générer des projets à promotion publique ou industrielle.
Vu sous l’angle de l’AFU, quelles remarques ou suggestions peut-on faire à propos de la recherche clinique en urologie ?

  • Un constat : nous souhaiterions améliorer nos procédures pour mieux anticiper des travaux de recherche clinique, en particulier sur les DMI (dispositifs médicaux implantables) et faciliter l’obtention de leur prise en charge (incontinence urinaire notamment). Les informations de pharmacovigilance ou de matériovigilance sont par ailleurs probablement encore insuffisamment utilisées.
  • Des actions positives : de nombreux essais sont en cours, par exemple en cancérologie en association avec le GETUG, mais d’une façon générale, les inclusions progressent insuffisamment, car il persiste un défaut d’implication structurelle des urologues, quel que soit leur mode d’exercice, à proposer systématiquement des études cliniques à leurs patients. Ces derniers sont sans doute peu sensibilisés à l’importance de prendre part aux essais contrôlés et il nous faut communiquer plus énergiquement à propos des études en cours ou à venir.
  • Un regret : alors que l’AFU est capable de nouer des liens et de préparer des projets de haute qualité avec l’industrie (le congrès est chaque année un succès et un haut lieu d’échanges scientifiques et de formation continue), nous sommes dans la difficulté structurelle et financière pour monter des projets qui s’exonèrent de la présence des laboratoires, quand par ailleurs la réglementation CE les autorise a mettre sur le marché leurs produits, même sans évaluation strictement française.
  • Une force : l’AFU a augmenté ses efforts de promotion de la recherche par un apport financier significatif vers les bourses réservées aux plus jeunes (master 2 ou mobilité de doctorant) et vers le fonds de recherche. Serons nous capables de monter notre propre structure de recherche clinique indépendante, financièrement viable, dans l’objectif de faire les essais dont nous avons cruellement besoin, dans des délais et une indépendance qui nous honoreraient ? Je le souhaite vivement.
  • Quels sont les projets les plus urgents et à notre portée ? La constitution, le maintien et l’exploitation de bases de données sont prioritaires. Les comités scientifiques en réalisent déjà ad nominem ou au nom du comité et certaines publications de niveau international sont désormais issues de ces bases et de notre expérience nationale. Il est donc envisageable de créer des bases labellisées AFU, dont l’exploitation soit clairement définie et contrôlée. L’industrie doit en être écartée à tous les niveaux et leur exploitation indépendante, d’ailleurs attendue par les tutelles (HAS), peut être une de nos grandes forces, Bien sûr, les bases observationnelles sont soumises à des aléas méthodologiques dont j’entends déjà la critique : exhaustivité, honnêteté des données, organisation d’audit des dossiers, etc… Peu importe, notre crédibilité dans ce domaine est à démontrer.

Pour conclure, l’AFU, après avoir clairement soutenu les jeunes chercheurs, doit trouver la meilleure solution pour gérer des bases de données indépendantes avec son conseil scientifique et son comité d’évaluation. Je lui fais confiance pour trouver la meilleure méthode.

Emmanuel Chartier-Kastler, Responsable du Conseil scientifique de l’AFU

Dernière mise à jour : 22/05/2012 07:42 Rédacteur : Urofrance
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