Editorial du 16/02/2013 : Vous avez dit ambulatoire ?

Jean-Pierre MignardDans les prochaines années, l’hospitalisation ambulatoire doit devenir la norme, l’hospitalisation complète l’exception. C’est là le message insistant de nos tutelles et c'est maintenant une des priorités de santé publique.
Et ce message sans cesse répété s’accompagne de l’exemple des autres pays soulignant notre retard dans ce domaine(1) : les US, la GB ont plus de 80% d’interventions réalisées en ambulatoire.

Il en faut plus pour culpabiliser les chirurgiens, qui n’ont que peu réagi à ce message jusqu’à présent. Alors les tutelles augmentent la pression en utilisant deux moyens

  • D’abord le bâton : MSAP ou Mise Sous Accord Préalable pour certains actes : 5 en 2008, élargissement à 17 en 2009 et 38 gestes en 2012.
    Il s'agit d'un dispositif particulièrement incitatif, car les séjours (et les honoraires afférents en clinique) avec hébergement non autorisés ne sont facturables ni à l'Assurance Maladie, ni au patient. De plus, ils peuvent être contrôlés à distance par l'Assurance Maladie pour les cliniques et sur site pour les hôpitaux publics.
  • Puis la carotte : sur-évaluation des GHS ambulatoires incitant les praticiens via les établissements. Rassurez vous, ce n’est que temporaire, les GHS vont rapidement revenir à un tarif normal une fois l’objectif atteint.
    (Rappelons que le GHS est le rembourrement d’un coût moyen. Un GHS élevé n’a pas d’intérêt pour un établissement si le prix de revient pour ce dernier, reflet de l’organisation interne, est trop élevé)

Il y a cependant une autre manière de voir les choses : pourquoi ne pas inverser les rôles ? Pourquoi ne pas s’approprier ce concept et en être les moteurs plutôt que subir les décisions ? Pourquoi ne serions nous pas la force de proposition et d’imagination plutôt que nous laisser imposer par les tutelles un cadre à objectif médico-économique ?

C’est vrai qu’il est difficile de changer les habitudes, mais force est de reconnaître que l’ambulatoire va nous obliger à progresser.

C’est un plus pour :

  • Les patients : toutes les enquêtes montrent leur très grande satisfaction avec ce mode de prise en charge,
  • Les établissements qui améliorent leur organisation et réduisent, entre autres risques, les infections nosocomiales,
  • La collectivité en termes de coût et de santé publique,
  • Les praticiens qui vont y trouver largement leur compte.

• Nous allons devoir nous investir dans une chirurgie mini invasive, la moins traumatisante et la moins hémorragique possible garantissant une qualité des soins égale à celle d'une hospitalisation. A nous d’adopter et de maîtriser les nouvelles technologies qui permettent de tels gestes et à nous de les faire progresser. A nous aussi de nous battre avec intelligence pour une allocation de ressources suffisante pour permettre de les utiliser.

• Il nous faudra mettre en place une organisation parfaite pré, per et post-opératoire.

• L’information du patient doit être claire, compréhensible et même au-delà : il faut une véritable éducation thérapeutique pour que le patient puisse prendre en charge les petits ennuis habituels du postopératoire, sans avoir la tentation d’appeler à toute heure son chirurgien.

• Le postopératoire est essentiel à maîtriser, le médecin traitant déjà surchargé aura du mal à le gérer. Mais il peut, par exemple, être organisé avec des IDE formées qui passeront le soir et le lendemain voir nos patients. Elles peuvent facilement régler la majorité des problèmes (la sonde bouchée par exemple). C’est pour elles un nouveau métier, une nouvelle spécialisation possible, une nouvelle délégation de tâches ou plutôt une nouvelle coopération interprofessionnelle pour rester politiquement correct.

• Enfin la télémédecine, dont le cadre réglementaire vient d’être précisé, sera sûrement un instrument idéal à utiliser dans le postopératoire.

La chirurgie ambulatoire est une formidable occasion de progrès et de nouvelles relations avec la médecine de ville. Ce train ne sifflera pas trois fois pour nous. Ne le ratons pas, il véhicule à lui seul une bonne partie des enjeux d’avenir.

Jean-Pierre Mignard

(1) Retard français

Dernière mise à jour : 16/02/2013 11:54 Rédacteur : Urofrance
Réalisation : Axoïde
Valide HTML 5  Valide CSS  Optimisé pour Firefox  Construit avec Typo3